Gala, la plus artiste des muses à l’honneur au MNAC de Barcelone

Au début de l’été, nous avions vu l’expo « Sa Muse… » du Musée Regards de Provence (Marseille), consacrée aux muses d’artistes. Nous avions été impressionnées par le rôle puissant de ces femmes et modèles qui inspirent les artistes et leur soufflent leurs idées. Quand nous avons vu que le Musée National d’Art de Catalogne de Barcelone (MNAC, ou Museu Nacional d’Art de Catalunya en catalan) consacrait son exposition temporaire sur Gala, femme et muse du célèbre Salvador Dalí, nous n’avons pas hésité à y faire un tour ! D’autant plus que nous avions adoré notre petit road trip espagnol consacré à l’œuvre de Dalí, à Figueras, Pubol et Cadaquès… Voici un aperçu de ce que vous pourrez apprendre en visitant l’expo « Gala Salvador Dalí. Una habitación propia en Púbol ».

Le MNAC, un musée à ne pas rater à Barcelone

Si vous êtes déjà allés à Barcelone, vous n’avez pas pu manquer le Musée National d’Art de Catalogne (MNAC), cet immense palais qui surplombe la Plaça Espanya, sur la colline de Montjuic.

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Le MNAC vu du toit du Centre Commercial de Las Arenas – Photo : Claire Feuardant
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La Plaza Espanya et le Fontaine Magique de Montjuic, vues depuis l’esplanade du MNAC – Photo : Claire Feuardant

Si le bâtiment en lui-même, construit pour l’Exposition Universelle de 1929, est imposant, sa collection l’est encore plus ! Avec 4 espaces, respectivement consacrés à l’art médiéval (roman et gothique), l’art de la Renaissance et baroque, et l’art moderne, il embrasse plusieurs siècles d’art catalan et une grande variété de supports artistiques : peinture, art mural, photographie, objets de design… On vous prévient tout de suite : il vous faudra bien une journée complète pour tout voir !

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L’intérieur du MNAC – Photo : Claire Feuardant
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Le plafond du MNAC – Photo : Claire Feuardant

Outre sa collection permanente, le MNAC propose une exposition temporaire qui change régulièrement. En ce moment, l’exposition est consacrée à Gala, connue pour avoir été la femme et muse de deux grands artistes du XXème siècle : Paul Eluard et Salvador Dalí.

« Gala Salvador Dalí. Una habitación propia en Púbol » : Une exposition qui rend hommage à Gala

Qui est Gala ?

Née en Russie en 1894, Gala – de son vrai nom Elena Ivanovna Diakonova – fut élevée au milieu des livres. Cela explique non seulement sa passion pour la littérature, mais aussi son flair artistique : c’est elle qui encouragera Paul Eluard à devenir écrivain, lorsqu’elle le rencontrera en 1912, de même que c’est elle qui saura voir le talent encore méconnu de Dalí.

Tout au long de sa vie, Gala fréquenta le milieu littéraire et artistique. D’abord en tant que muse : elle fut la femme de deux artistes majeurs du XXème siècle, l’amante de Max Ernst, et l’amie des poètes surréalistes René Crevel et René Char. Mais aussi en tant que modèle : elle fut immortalisée par les plus grands photographes de l’époque (Man Ray, Brassaï, Cecil Beaton, le photographe de mode Horst P. Horst, ou encore Marc Lacroix du fameux Studio Harcourt).

Mais surtout, plus qu’une simple muse, Gala fut aussi une véritable artiste : comme le montre très bien l’exposition, elle joua un rôle primordial dans le développement de l’œuvre de Salvador Dalí.

C’est cette personnalité multiple que la première partie de l’exposition tente de retracer, à travers des photos de Gala dans son château de Púbol, des plans de décoration du château dessinés par Dalí, ou encore divers bibelots russes et livres en cyrilliques extraits de sa bibliothèque.

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Un aperçu de la collection de vêtements de Gala – Photo : Claire Feuardant

Gala, muse de Paul Eluard

La seconde partie de l’exposition nous montre en quoi Gala joua un rôle majeur dans la carrière littéraire de son premier mari, Paul Eluard. Lorsqu’ils se rencontrent au sanatorium de Clavadel, celui qui s’appelle encore Eugène Grindel ne sait pas encore qu’il veut être écrivain : c’est Gala, flairant son potentiel, qui le poussera à démarrer sa carrière. L’avenir lui donnera raison, Paul Eluard devenant par la suite l’un des poètes surréalistes les plus réputés de son époque !

Sa relation avec Paul Eluard la conduira à fréquenter le cercle littéraire français, dont certains (comme André Breton) la voient (à juste titre ?) comme une rivale. En 1929, le couple voyage à Cadaquès en Catalogne : c’est là que Gala fait la connaissance de Salvador Dalí, un peintre catalan qui n’est pas encore connu mais possède un énorme potentiel. Elle tombe immédiatement sous son charme et délaisse Paul Eluard, au sommet de sa gloire, pour une plongée dans l’inconnu.

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Un exemplaire de L’Air de l’eau dédicacé par André Breton pour Gala et Dalí – Photo : Claire Feuardant

Gala, muse de Salvador Dalí

On ne cessera jamais de le dire : sans Gala, l’œuvre de Dalí aurait été tout autre. La véritable question que soulève l’exposition est : sans Gala, Dalí aurait-il connu le même succès en tant qu’artiste ?

En effet, Gala a participé au projet créatif de Dalí à tous les niveaux – d’où la double signature que l’on peut voir un peu partout, « Gala Salvador Dalí ». En 1971, Dalí offre à Gala le château de Púbol, son espace privé, où sa personnalité pourra s’affirmer (pour la petite anecdote, Gala accepta le cadeau de son mari à une seule condition : qu’il ne puisse pas y entrer sans son autorisation !).

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Pareja con las cabezas llenas de nubes, 1936, Salvador Dalí – Photo : Claire Feuardant

Notre avis sur l’exposition

Selon nous, l’exposition « Gala Salvador Dalí. Una habitación propia en Púbol » vaut vraiment le détour ! Pour commencer, elle nous permet de redécouvrir l’histoire de l’art sous un angle inhabituel. C’est l’une des rares expositions à mettre ainsi en avant une muse d’« artiste-star », en montrant que les femmes derrière les artistes jouent souvent un rôle plus important qu’on ne le croit ! Cette exposition a le mérite de rendre un véritable hommage à Gala et à sa contribution au surréalisme.

De plus, cette exposition, qui est coorganisée avec la Fondation Gala-Salvador Dalí de Figueres, propose des œuvres majeures qui raviront les amateurs d’arts surréaliste ! Nous avons ainsi pu voir des tableaux célèbres de Dalí, comme Retrato de Gala con dos costillas de cordero en equilibrio sobre su hombro (1934) (en photo de une) ; Sueño causado por el vuelo de una abeja alrededor de una granada un segundo antes de despertar (1944) ; ou encore Gala Placidia. Galatea de las esferas (1952).

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Sueño causado por el vuelo de una abeja alrededor de una granada un segundo antes de despertar, 1944, Salvador Dalí
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Gala Placidia. Galatea de las esferas, 1952, Salvador Dalí

Informations pratiques

L’exposition « Gala Salvador Dalí. Una habitación propia en Púbol » dure jusqu’au 14 octobre 2018.

Le MNAC est fermé le lundi, ouvert de 10h à 20h du mardi au samedi, et de 10h à 15h le dimanche et les jours fériés. Attention, ces horaires ne sont valables que de mai à septembre ! En hiver, le musée ferme à 18h en semaine.

Le prix d’un billet pour le MNAC est de 12€ (tarif plein). Pour voir seulement l’exposition temporaire, vous devrez payer 4€. Il existe également des tarifs réduits, et le musée est entièrement gratuit le samedi à partir de 15h et tous les premiers dimanches du mois.

Pour vous y rendre, le mieux est de prendre le métro (L1 ou L3, arrêt Espanya) ou le bus (lignes 13, 37, 55, 150).

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Le MNAC – Photo : Claire Feuardant

Gala Salvador Dalí. Una habitación propia en Púbol, Musée National d’Art de Catalogne, Barcelone. Jusqu’au 14 octobre 2018. 

Frédéric Lanovsky expose ses drôles de personnages à Mougins

C’est par hasard que nous avons découvert les sculptures de Frédéric Lanovsky. Et pourtant, la journée ne semblait pas très bien partie. Nous n’avions pas choisi le bon jour pour venir à Mougins : le lundi, beaucoup de galeries d’art sont fermées ! Nous voulions visiter le Musée de la Photographie, mais nous nous sommes retrouvées devant une porte fermée (pour cause de changement d’exposition). Et pour finir, un orage menaçait d’éclater…

Mais l’Espace culturel, lui, était bel et bien ouvert ! Nous n’avons pas pu résister à la curiosité d’aller jeter un coup d’œil aux expositions en cours. Celle de Frédéric Lanovsky a été une très belle surprise ! Lumineuses, décalées, uniques et drôles, ses sculptures ont tout pour plaire. Voici cinq bonnes raisons d’y faire un détour.

1. « Faire la connaissance » d’un artiste cannois

Pourquoi aller jusqu’à Paris quand on peut aussi trouver de belles expositions sur la Côte d’Azur ? Originaire de Cannes, Frédéric Lanovsky expose aujourd’hui dans le monde entier. Mais il n’hésite pas à rendre hommage à la région qui l’a vu grandir en confiant plusieurs de ses œuvres à la municipalité de Mougins.

Le CV de Frédéric Lanvosky a de quoi impressionner ! A l’âge de 19 ans, il s’installe à Paris pour étudier à l’Ecole des Beaux-Arts. Il devient ensuite coloriste pour la célèbre maison de couture Cacharel. Mais c’est dans le sud de la France qu’il se sent le mieux : il quitte alors Paris pour entamer une carrière de sculpteur.

Ses sculptures représentent des personnages hauts en couleur dans leur vie quotidienne. Un homme en train de passer l’aspirateur, une femme en train de se coiffer, un couple de touristes arrivant sur leur lieu de vacances… Frédéric Lanovsky sculpte ses personnages dans toutes sortes de situations, souvent en agrémentant ses œuvres de véritables objets (vêtements, sacs, appareils ménagers…).

Lorsqu’il créé ses personnages, l’artiste n’hésite pas à jouer sur le mouvement, la matière et l’espace. Sa première sculpture, Giselle, mesure 3,50 mètres de haut ! Selon l’artiste, c’est autant un moyen de surprendre le spectateur que de le ramener à son enfance, où tout paraissait démesuré. Il joue aussi avec les couleurs – son ancien métier de coloriste oblige !

Le style unique de Frédéric Lanovsky plaît aussi à l’international : il créé des sculptures pour le « Evelina Children’s Hospital » de Londres et expose au sein du Boca Raton Museum of Art de Floride, où deux de ses œuvres sont primées. Mais il sait rester fidèle à sa région natale et expose aussi à Nice, Monaco… et cet été à Mougins !

2. Découvrir une technique artistique originale

Si vous vous intéressez un minimum à l’art, les œuvres de Frédéric Lanovsky piqueront sans doute votre curiosité. En les observant de près, nous nous sommes posé des questions : en quoi sont faites ces sculptures ? Est-ce que l’artiste utilise de vrais vêtements ? Comment parvient-il à transformer le tissu de cette manière ? Heureusement, un film très bien fait est là pour répondre à toutes nos interrogations.

Sculpture de Frédéric Lanovsky à Mougins
Melle Piou-Piou, Frédéric Lanovsky – Photo : Claire Feuardant

Frédéric Lanovsky donne une première forme à ses sculptures en les modelant dans du grillage, qu’il recouvre ensuite de plâtre. Puis il ajoute une troisième couche, formée d’un mélange de résine synthétique et de fibre de verre. C’est dans la résine qu’il ajoute les pigments des couleurs qu’il veut donner à ses personnages. Et oui, dans certaines de ses sculptures, l’artiste utilise de vrais vêtements, souvent dénichés dans des vide-greniers ! C’est la résine qui leur donne cet aspect particulier (nous avons d’abord cru qu’il s’agissait de verre !).

3. Retrouver votre âme d’enfant

L’univers artistique de Frédéric Lanovsky est très enfantin : il suffit de faire un tour sur son site internet pour s’en rendre compte ! L’artiste a une imagination folle qui transparaît dans ses sculptures mais aussi dans ses aquarelles, dont certaines sont également exposées à l’Espace Culturel de Mougins.

Avec leurs vêtements de couleurs vives et leur bouille attachante, les personnages de Frédéric Lanovsky pourraient être tout droit sortis d’un dessin animé ! L’artiste attribue à chacun une personnalité propre (la plupart de ses personnages ont un prénom !). Ainsi, il nous incite à imaginer une histoire autour des scènes de vie qu’il représente. Un bon prétexte pour faire travailler notre imagination de grand enfant ! A l’entrée de l’exposition, une planche rassemble les photos de chaque sculpture avec le nom du personnage. Amusez-vous à les retrouver dans chaque pièce !

Mais Frédéric Lanovsky ne sculpte pas que des femmes et des hommes. On trouve aussi des animaux bariolés qui n’ont rien à envier aux créatures fantastiques que l’on peut trouver dans les dessins animés : un chien avec des antennes, un papillon à quatre pattes tenu en laisse…

Prenez bien le temps d’observer chaque sculpture et de vous émerveiller devant les détails qui n’ont pas été laissés au hasard par l’artiste (comme le ferait un enfant !).

4. Faire un saut dans les années 70

Que l’on ait ou non vécu dans les années 1970, nous avons tous rêvé de revenir à cette époque. La culture était en plein essor, les jeunes respiraient l’insouciance et étaient constamment en quête de libertés… L’engouement récent pour le vintage que l’on voit partout, de la mode à la musique, n’est pas apparu de nulle part ! Et pour cause : cela fait toujours du bien de se replonger avec nostalgie dans une époque que l’on n’a pas forcément connue, mais que l’on aime idéaliser…

Frédéric Lanovsky l’a bien compris : tout dans ses sculptures nous ramène au vintage. Les années 70 transparaissent dans les couleurs vives, le style des vêtements, les motifs floraux, les accessoires, l’apparence des personnages, les décors de chaque petite scénette…

5. Explorer le village de Mougins

Tant que vous êtes à Mougins, profitez-en pour faire un tour (ou plusieurs !) du village. Croyez-nous, vous ne serez pas déçu ! Certains villages provençaux ont une « âme » qui les différencie des autres et permet de les reconnaître dès que l’on en voit une photo… Mougins en fait partie !

Mougins village
Mougins – Photos : Alice Feuardant

L’agencement du village « en escargot », digne d’un labyrinthe, incite à la flânerie et invite à se perdre dans le dédale des petites rues. En vous promenant au hasard, vous pourrez tomber sur une infinité de détails qui font le charme de Mougins : une boîte au lettre décorée par un artiste du village, des étoiles blanches peintes au sol, des appuis de fenêtres ornés de pots à plantes originaux… et surtout, beaucoup de galeries d’art !

Mougins village
Photo : Alice Feuardant
Mougins village
Photo : Alice Feuardant

N’oubliez pas d’aller voir la vue sur les collines environnantes depuis la place qui se trouve devant l’Office de Tourisme !

Mougins village
La vue sur les collines depuis Mougins – Photo : Alice Feuardant

Si vous êtes dans la région cet été, vous n’avez plus d’excuses pour ne pas aller voir les œuvres de Frédéric Lanovsky ! L’exposition a lieu jusqu’au 20 septembre 2018. L’Espace culturel est ouvert tous les jours de 10h à 13h et 14h à 19h jusqu’au 31 août, puis de 10h à 12h30 et 14h à 18h. L’entrée est gratuite.

Quand art et nature ne font qu’un en Provence…

On ne le dit jamais assez : la Provence regorge de coins magnifiques où passer une agréable journée sous le soleil et en pleine nature. Parmi ces havres de paix privilégiés, le Château La Coste, la Commanderie de Peyrassol et le Château Sainte-Roseline font à coup sûr l’unanimité chez les vinophiles, les amateurs d’art, les amoureux de la nature et les passionnés de gastronomie française.

Le parcours d’architecture du Château La Coste

Le Château La Coste est un véritable plaisir pour les yeux. A une quinzaine de kilomètres d’Aix-en-Provence, la propriété est située en plein cœur d’un paysage naturel typiquement provençal : entre les vignes qui s’étendent à perte de vue se dressent des oliviers, des cyprès et des pins. Le Château La Coste produit évidemment ses propres vins : des rouges, des blancs et, bien sûr, des rosés, puisque l’on est en Provence ! Les amateurs de vin pourront les goûter dans les différents restaurants du domaine, ou bien les acheter en boutique.

Si vous n’y connaissez rien au vin, ne passez pas votre chemin pour autant ! Le Château La Coste est aussi un véritable paradis pour les passionnés d’art et d’architecture. Le « centre d’art », qui est en fait le bâtiment où se trouvent l’accueil, la boutique, la librairie, le restaurant et un café porte bien son nom : conçu par l’architecte japonais Tadao Ando, il est une véritable pièce d’art. Ses murs parcourus de grandes vitres sont prolongés par une étendue d’eau dans laquelle se reflètent le ciel, les arbres… et l’une des célèbres araignées en bronze de Louise Bourgeois, que ceux qui sont déjà allés à la Tate Modern de Londres ou au Musée Guggenheim de Bilbao reconnaîtront.

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« Crouching spider » de Louise Bourgeois. Photo : Alice Feuardant

A l’aide d’un plan du domaine donné à l’accueil, le visiteur est amené à découvrir les différentes œuvres d’art en suivant un chemin à travers les vignes et les pins. Le parcours dure environ deux heures (pensez à mettre de bonnes chaussures !) et offre à certains endroits une vue à couper le souffle. Il est également assez ludique : la plupart des œuvres sont 100% interactives et jouent avec nos sens, que ce soit le toucher (« Multiplied resistance screened » de Liam Gillick), l’ouïe (« Meditation bell » de Paul Matisse), ou la vue (« Oak room » d’Andy Goldsworthy et « Self-portrait : Cat inside a barrel » de Tracey Emin).

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Photo : Alice Feuardant

De grands architectes lauréats du Prix Pritzker (le « nobel » d’architecture) ont participé à la création de ce lieu hors du commun. Le pavillon d’exposition a été réalisé par Renzo Piano (Centre Pompidou à Paris, Fondation Beyeler à Riehen/Bâle, Centre culturel Tjibaou à Nouméa…) ; le pavillon de musique par Frank Gehry (Fondation Louis Vuitton à Paris, Musée Guggenheim à Bilbao, Walt Disney Concert Hall à Los Angeles…) ; et enfin les chais de vinification ont été conçus par Jean Nouvel (Philharmonie de Paris, Torre Agbar à Barcelone, One Central Park à Sydney).

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Le pavillon de musique de Frank Gehry. Photo : Alice Feuardant

L’entrée coûte 15€ (12€ pour les étudiants). Pour plus d’informations, rendez-vous ici.

Le parc de sculptures de Peyrassol

Située à Flassans-sur-Issole sur le Massif des Maures, la Commanderie de Peyrassol a été fondée au XIIIème siècle par l’Ordre des Templiers, dont les symboles sont présents tout au long de la visite. Ici aussi, les vins produits sont blancs, rouges et rosés : il est possible de les goûter à la boutique avant d’acheter. Si les vins vous intéressent, n’hésitez pas à vous rendre sur le site web du domaine, où vous trouverez tous les détails concernant les différentes gammes.

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Photo : Alice Feuardant

Comme le Château La Coste, la Commanderie de Peyrassol se trouve en plein cœur d’un paysage naturel idyllique, où les vignes côtoient les oliviers et les chênes. Son parcours d’art, beaucoup moins étendu que celui du Château La Coste, n’en reste pas moins intéressant. Le parc de la Commanderie constitue l’une des plus belles collections d’art contemporain à ciel ouvert, la grande majorité des œuvres étant des sculptures. On retrouve là aussi des noms connus : Daniel Buren (« Les Deux Plateaux » au Palais Royal de Paris), Jean Dubuffet, Antoni Tapies, Cesar, Ben, Victor Vasarely, Franco Adami… La plupart des œuvres s’intègrent parfaitement dans le paysage, si bien que nous vous conseillons vivement de suivre le plan donné à l’entrée afin d’être sûr de ne pas en manquer !

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« Floating Red Form » de Keiji Uematsu. Photo : Alice Feuardant

L’entrée coûte 8€. Pour plus d’informations, rendez-vous ici.

L’exposition de sculptures du Château Sainte-Roseline

A seulement cinq minutes du village des Arcs (Var), le Château Sainte-Roseline est un véritable havre de paix. Située au beau milieu des vignes sur un terrain de plus de 100 hectares, la propriété est l’un des plus beaux domaines de Provence et a été désignée Site Classé et Cru Classé des Côtes de Provence.
Le domaine a été bâti autour de l’abbaye Sainte-Roseline, un magnifique édifice construit entre le XIème et le XIIIème siècle et qui comprend une chapelle et un cloître. L’abbaye doit son nom à la fille du marquis de Villeneuve, Roseline, qui en fut la prieure entre 1300 et 1329. Ses reliques reposent aujourd’hui à l’intérieur de la chapelle.

Photo : Claire Feuardant

Il est possible de visiter la chapelle tous les après-midis à partir de 14h00, sauf le lundi. L’entrée est libre et se fait sans réservation. La visite se fait au gré des différentes œuvres d’art placées à l’intérieur. Ainsi, vous pourrez y apercevoir une mosaïque peinte par Marc Chagall, un bas-relief et un lutrin sculptés par Diego Giacometti, ou encore de magnifiques vitraux réalisés par Raoul Ubac et Jean Bazaine.

L’art est également présent à l’extérieur. Vous pourrez admirer quelques sculptures devant l’entrée de la boutique, mais aussi le long d’une charmante allée bordée de platanes bicentenaires qui vous mènera jusqu’à la chapelle. Parmi les œuvres exposées, nous avons adoré la Sphère de Vladimir Skoda ou encore l’œuvre sans titre, elle aussi sphérique, de Vincent Mauger.
Attention : ces œuvres, ainsi que celles de Davis Nash et Benjamin Sabatier, sont exposées jusqu’en septembre 2018, grâce à un partenariat avec la galerie Catherine Issert située à Saint-Paul de Vence. Si vous avez envie de découvrir ces artistes, allez-y vite avant la fin de l’été !

Sphère, Vladimir Skoda – Photo : Claire Feuardant
Sans Titre, Vincent Maugier – Photo : Claire Feuardant

Si vous aimez le vin, profitez-en pour faire un tour du côté du caveau. Du lundi au vendredi, des visites commentées gratuites ont lieu à 14h30 pour emmener le visiteur à la découverte des vins Côte de Provence Crus Classés produits dans le domaine de Sainte-Roseline. La visite est suivie d’une dégustation.

Pour en savoir plus sur les vins du Château Sainte-Roseline et les événements à venir, c’est par ici.

« For what it’s worth », une expo qui donne le ton à la Villa Tamaris

Alors que nous étions de passage à La Seyne-sur-Mer (83), nous avons décidé sur un coup de tête de nous arrêter au Centre d’art Villa Tamaris, bien que nous ne sachions pas du tout quelles étaient les expositions en cours. Notre curiosité a été récompensée, puisque nous avons eu un véritable coup de cœur pour l’exposition For what it’s worth de Daniel Chaland. Coup de coeur que nous tenions naturellement à partager 😉 !

Pour commencer, quelques mots de biographie… Daniel Chaland est un artiste français né en 1956 qui vit et travaille aujourd’hui dans le sud de la France. Il exposa son travail pour la première fois dans les années 1980 puis enchaîna les expositions tout au long de sa carrière et jusqu’à aujourd’hui, principalement en Provence-Alpes-Côte-D’azur (à l’exception d’une exposition au Coriander Studio de Londres en 1993).
De galeries en festivals, en passant par les médiathèques et les centres d’art, Daniel Chaland a affirmé son appartenance à la figuration narrative, courant artistique né au début des années 1960 en réaction à l’abstraction dans l’art contemporain et au pop art. Et effectivement, le travail de Daniel Chaland s’inscrit dans une vision spécifique de l’art, mais aussi dans sa propre perception du monde, puisqu’il utilise ses toiles pour raconter une histoire, qu’il n’hésite pas à ancrer dans l’Histoire – avec un grand H ! – d’où le qualificatif d’art « narratif ».
« Il y a ceux qui regardent le monde tel qu’il est et se demandent pourquoi et ceux qui imaginent le monde tel qu’il devrait être et qui se disent : pourquoi pas ? » dit-il. Lui fait incontestablement partie de la deuxième catégorie.

L’exposition à la Villa Tamaris présente 14 toiles inédites autour de la musique « pop » de la fin des années 60. Sur ces toiles, on peut lire les titres ou les paroles de chansons qui sont bien ancrées dans l’imaginaire collectif : on y retrouve Jimi Hendrix, Bob Dylan, Creedence Clearwater Revival ou encore Buffalo Springfield. A côté de chaque toile, on retrouve le vinyle correspondant, astuce très bien pensée qui permet à l’artiste de ne pas perdre ceux qui sont moins calés en musique !

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Nous avons été impressionnées par l’habileté avec laquelle Daniel Chaland reproduit ses visages. Lorsque l’on regarde la toile de loin, on devine une véritable expression et il est facile d’imaginer ce que ressent le personnage peint. Mais quand on s’approche de certaines toiles, on se rend compte que les visages ne sont en réalité que des lignes irrégulières, plus ou moins épaisses, et que c’est cette irrégularité qui leur permet d’imiter une expression spécifique.

En bref, si vous êtes dans la région, allez-y ! Comme toujours à la Villa Tamaris, l’exposition est gratuite. Vous trouverez toutes les informations nécessaires à votre visite (horaires, adresse) sur le site internet du centre d’art.

 

Daniel Chaland, For what it’s worth. Jusqu’au 17 septembre 2017 à la Villa Tamaris Centre d’art, La Seyne-sur-Mer.

Idée sortie : Une exposition à l’Abbaye de Maubuisson

Les sorties à faire autour de Paris pour s’évader le temps d’une journée ne manquent pas, à commencer par les endroits ultra-connus et, de ce fait, très touristiques (Disneyland Paris ou le château de Versailles, pour ne citer qu’eux !). En revanche, il est moins probable que l’on vous ait déjà conseillé de visiter l’abbaye Notre-Dame-la-Royale, dite de Maubuisson. Et pourtant, cette ancienne abbaye cistercienne aujourd’hui devenue un site d’art contemporain vaut le détour, que vous soyez passionné d’art, féru d’histoire ou amoureux de la nature.

Un peu d’histoire…

Fondée en 1236 par la reine Blanche de Castille, l’abbaye Notre-Dame-la-Royale fut rattachée à l’ordre cistercien en 1244. Comme l’indique son nom, elle était « réservée » aux classes les plus nobles : durant ses deux premiers siècles d’existence, elle remplit aussi bien le rôle de résidence princière que celui de refuge pour jeunes filles nobles et de nécropole royale. La plupart des religieuses de l’Abbaye étaient recrutées parmi de grandes familles aristocratiques.

L’abbaye Notre-Dame-la-Royale connut une très belle croissance, en particulier au cours du XVIIème siècle : grâce à un investissement d’argent important, le couvent et le parc se modernisèrent et, dans la deuxième moitié du siècle, les entrées étaient plus importantes que les décès, ce qui faisait croître le nombre des religieuses. Mais cet effectif chuta considérablement au XVIIIème siècle, entraînant le déclin progressif de Notre-Dame-la-Royale : en 1787, Louis XVI fit exiler l’abbesse et refusa à l’abbaye le droit de recevoir de nouvelles religieuses.

En 1793, l’abbaye devint un hôpital militaire avant d’être vendue quatre ans plus tard. Certains de ses bâtiments furent démolis, d’autres furent d’abord réquisitionnés pour divers usages (le logis abbatial abrita une filature pendant quelques années, avant de disparaître à son tour). En 1947, les bâtiments restants furent classés Monuments historiques et des travaux de consolidation furent engagés. Entre-temps devenue propriété du Conseil départemental du Val d’Oise, l’abbaye de Maubuisson a ouvert ses portes au public en 1987 : elle est aujourd’hui un centre d’art contemporain qui accueille des expositions et des manifestations artistiques.

En parlant d’art contemporain…

Actuellement et jusqu’au 27 août, l’abbaye de Maubuisson présente une exposition de l’artiste Stéphane Thidet intitulée Désert. Le travail de Stéphane Thidet est à mi-chemin entre la sculpture et l’installation. Dans cette exposition, il mêle ces deux techniques pour créer un univers bien particulier, qui emprunte des éléments de l’astrologie et de la géologie. L’exposition est découpée en quatre parties, que l’on suit dans un ordre spécifique :

  • L’installation sonore D’un soleil à l’autre. La pièce où elle se trouve est plongée dans le noir, mis à part une faible lumière qui provient de deux disques de métal censés représenter des astres. Grâce à une antenne installée dans le parc et qui capte les fréquences du champ magnétique du soleil et les renvoie à l’intérieur de la pièce, les deux disques de métal vibrent à la manière d’un gong et retransmettent ces fréquences, habituellement inaudibles à l’oreille humaine. Ces sons répétitifs associés à l’absence quasi complète de lumière créé une atmosphère très singulière, presqu’apaisante. Mais nous déconseillons cette pièce aux claustrophobes !
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Photo : Claire Feuardant
  • L’œuvre symbolique Insomnies. La salle du chapitre est occupée par des rangés de lits dont le matelas est traversé par des arbrisseaux de gattiliers. Cet arbre était utilisé au Moyen-Âge pour protéger les lieux sacrés des « plaisirs de la chair ». Une tradition qui remonte à l’Antiquité, où l’on disait que remplir son matelas avec du gattilier permettait aux prêtresses de rester pures.
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Photo : Claire Feuardant
  • L’installation in situ Un peu plus loin. Stéphane Thidet s’est inspiré d’un phénomène bien connu en Californie et que l’on ne parvient pas vraiment à expliquer : les rochers qui se déplacent à la surface du lac asséché Racetrack Playa. L’œuvre est composée de deux élements : une couche d’argile parcourue de fissures représentant le lac asséché et des pierres posées à sa surface, suivies de longues empreintes creusées dans l’argile comme si elles s’étaient déplacées.
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Photo : Claire Feuardant
  • La projection vidéo Half Moon. Réalisées dans le jardin de la Villa Montalvo à Saratoga, Californie, cette courte vidéo qui passe en boucle est filmée comme par une caméra de vidéosurveillance. L’atmosphère qui règne d’un bout à l’autre du film est plutôt angoissante : la scène se passe de nuit et montre une ribambelle d’animaux qui se baladent dans le jardin. On ne distingue aucune présence humaine mais on la devine, d’abord par le pique-nique qui a pu être abandonné ou bien laissé là exprès pour les animaux (à chacun son interprétation !), ensuite par les bruits lointains d’une sirène qui se joint au son strident et répétitif des grillons.

L’exposition nous a plu pour une multitude de raisons : les symboles, le travail de réflexion de l’artiste, le fil rouge entre quatre installations pourtant très différentes les unes des autres… à vous d’en trouver d’autres !

Pour les curieux, un film documentaire d’environ dix minutes est également projeté dans une autre pièce…

Informations pratiques

  • Abbaye de Maubuisson, Avenue Richard de Tour, 95310 Saint-Ouen-l’Aumône
  • Ouvert tous les jours de la semaine sauf le mardi, de 13h à 18h. Le week-end de 14h à 18h.
  • Accessible depuis Paris par le RER C en direction de Pontoise, arrêt Saint-Ouen-l’Aumône.
  • Exposition Désert jusqu’au 27 août 2017.

Nos expositions coup de cœur à Paris (mai 2017)

Vous êtes plutôt musique ? Plutôt mode ? Plutôt photo ? A Paris, vous trouverez toujours une exposition pour satisfaire votre soif d’apprendre ! Voici notre sélection des expositions du moment à voir absolument…

Pour les procrastinateurs : Kimono, Au bonheur des dames (Musée Guimet)

KIMONO-GuimetVous faites partie de ceux qui attendent toujours le dernier week-end pour aller voir une expo ?Alors c’est le moment d’aller voir l’exposition temporaire du Musée Guimet, Kimono, Au bonheur des dames ! Pourquoi ne pas profiter de la Nuit des Musées ce soir pour aller y jeter un œil ?

L’exposition est organisée autour de la collection de la maison Matsuzakaya : c’est la première fois que cette petite fabrique de kimonos de Nagoya, fondée en 1611 et devenue depuis un grand magasin qui possède d’immenses bâtiments à Tokyo, expose en France.

Kimono, Au bonheur des dames est organisée en trois temps. La première partie est consacrée à l’histoire du kimono : ses influences (saviez-vous que le kimono, à l’origine, était inspiré d’un vêtement traditionnel chinois ?), sa fabrication, la place qu’il occupe dans la société japonaise et son évolution depuis l’époque d’Edo jusqu’à aujourd’hui. On y apprend entre autres que le kimono est porté par tout le monde, quelle que soit sa classe sociale : ce qui distingue un samouraï d’un aristocrate, par exemple, n’est pas la coupe (invariablement en forme de T), mais le décor et la qualité du tissu.KIMONO-Guimet-2

Ensuite, une salle est consacrée aux différents accessoires du kimono, notamment la ceinture et les épingles et peignes à cheveux. On y apprend entre autres que la ceinture (obi), très lourde et contraignante, possède des dimensions impressionnantes : 5 mètres de long sur 35 cm de large !

La troisième partie de l’exposition montre l’influence de cet habit traditionnel sur la mode française. Ce n’est qu’au milieu du 19ème siècle qu’apparait le « japonisme » en France, à travers les créations de couturiers tels que Paul Poiret ou Madeleine Vionnet. Aujourd’hui, le kimono envahit les podiums, sans cesse réinterprété : on découvre les pièces des japonais Kenzo Takada, Issey Miyake ou Yohji Yamamoto, mais aussi de couturiers occidentaux (Yves Saint-Laurent, John Galliano pour Dior, Jean-Paul Gaultier…)

Le + : l’exposition est très bien illustrée : au total, plus de 150 pièces sont exposées. Nous avons été bluffées par le catalogue de motifs (c’est magique de voir le motif dessiné puis reproduit sur le kimono !).

Kimono, Au bonheur des dames, au Musée Guimet. Jusqu’au 22 mai.
Tarif : 9,5€ tarif plein ; 7€ tarif réduit
Horaires : Tous les jours sauf le mardi, de 10h à 18h.

Pour les passionnés de musique : Jamaica Jamaica ! (Philharmonie de Paris)

Musiciens et mélomanes, direction la Cité de la Musique ! En ce moment, la Philharmonie de Paris nous fait voyager en Jamaïque. Jamaica Jamaica ! retrace le parcours culturel, politique et musical de cette petite île des Caraïbes, un parcours singulier qui lui a permis de se faire une place dans le paysage musical international. Construite en 7 parties chronologiques (ne vous laissez pas effrayer par la frise qui débute l’expo !) et thématiques, l’exposition nous rappelle que la Jamaïque ne se réduit pas au reggae et à Bob Marley, en rendant hommage à tous ces styles musicaux qui ont posé les bases de bien des musiques actuelles et de la culture DJ.

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D’atelier en atelier, on découvre (et on écoute) le mento, héritage de l’époque coloniale, puis le ska, né de la rencontre entre musiques locales et jazz ou R’n’B américain. Ce n’est qu’à la fin des années 60, alors que la Jamaïque obtient son indépendance, que le reggae fait son apparition, nourri de ces diverses influences musicales. Il donnera naissance à de nombreux autres styles musicaux (rocksteady, dub, dancehall…), qui se répandront peu à peu dans le monde entier grâce aux stations de radio, aux premiers studios d’enregistrement, et aux fameux « sound system ». Vous connaissez la suite…

Le + : l’interactivité. L’exposition est illustrée par une impressionnante collection d’images et de films rares et propose de nombreux ateliers, comme cette salle où on peut remixer des tubes jamaïcains ! Nous qui n’écoutons habituellement pas de reggae, nous nous sommes laissées envoûter par l’univers musical remarquable de la Jamaïque.   

Pour prolonger l’expérience : L’exposition possède sa propre radio, Radio Jamaica !, disponible en ligne et en application. On vous conseille d’y faire un tour ! Vous y découvrirez sans aucun doute quelques pépites…

Jamaica Jamaica ! à l’Espace dʼexposition de la Philharmonie. Jusqu’au 18 août.
Tarif : 10 € tarif plein ; 5€ à 8€ tarif réduit.
Horaires : Du mardi au jeudi de 12h à 18h ; le vendredi de 12h à 22h ; le samedi et le dimanche de 10h à 20h.

Pour les fashion victimes : Balenciaga, L’œuvre au noir (Musée Bourdelle)

On entend beaucoup parler de Dalida, une garde-robe de la ville à la scène, qui présente une centaine de robes et tenues de la chanteuse. Mais que les passionnés de haute couture se rassurent, le Palais Galliera propose une autre exposition hors les murs au Musée Bourdelle, avec moins de strass et plus de sobriété : Balenciaga, L’œuvre au noir.

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Dans le cadre de sa saison espagnole, le Palais Galliera rend hommage au grand couturier espagnol Cristóbal Balenciaga, à travers une exposition monochrome qui se mêle aux sculptures d’Antoine Bourdelle. Après quelques croquis de Balenciaga, le visiteur découvre les magnifiques pièces du couturier, inspirées du folklore espagnol, à la fois minimalistes et complexes.

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Photo : Claire Feuardant

Dans la première partie de l’exposition, intitulée « Silhouettes et volumes », on apprend que Balenciaga a créé des silhouettes qui seront par la suite adoptées par le monde de la haute couture : les lignes tonneau ou ballon, la tunique, la robe-sac… Dans la deuxième partie, « Noirs & Lumières », le noir prend toutes les teintes possibles, sublimé par la lumière : il est tour à tour mat ou brillant, opaque ou transparent. Enfin, dans la troisième partie de l’exposition, « Noirs & Couleurs », les vêtements s’enhardissent d’une touche de couleur, souvent rose (comme les rayures d’un manteau ou le nœud d’une robe). L’univers de Balenciaga repose sur des silhouettes sans cesse réinventées, des jeux de lumière, de couleurs, de matières (soie, taffetas, satin, dentelle). Des robes du jour aux robes du soir, des accessoires aux boléros, manteaux et capes, chaque pièce est unique : Balenciaga réussit le pari de créer autant de silhouettes que de pièces à partir d’une seule couleur : le noir.

Le + : Le Musée Bourdelle, charmant petit musée du 15ème arrondissement, met en scène les pièces de Balenciaga en les faisant dialoguer avec les sculptures. Nous avons été impressionnées par l’immensité des sculptures du grand hall des plâtres, qui donne une impression quasi-mystique aux vêtements exposés ici et là.

Pour prolonger l’expérience : N’hésitez pas à faire un tour dans les ateliers de Bourdelle et dans la petite cour extérieure !

Balenciaga, L’œuvre au noir, au Musée Bourdelle. Jusqu’au 16 juillet.
Tarif : 11 € tarif plein ; 8€ tarif réduit.
Horaires : Du mardi au dimanche de 10h à 18h.

Pour les photographes : Don Mc Cullin, Looking East

Tout amateur de photos se doit de connaître Don McCullin. Après une enfance passée dans un quartier pauvre de Londres, ce passionné de photo s’est d’abord démarqué pour ses reportages poignants dépeignant la misère des banlieues de la ville, avant de se lancer dans le reportage de guerre. En 1964, son reportage sur la guerre civile à Chypre est récompensé du grand prix World Press Photo. Ses photos des conflits au Vietnam, au Liban ou au Biafra resteront emblématiques de la violence des guerres du 20ème siècle. Parmi ses multiples talents (il développe lui-même toutes ses photos), Don McCullin a un don indéniable pour capter l’instant présent. Il se met à la hauteur de son sujet avec la position humble du photographe caméléon, obtient son accord tacite avant d’appuyer sur le déclencheur.  

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Ghaziveram, Chypre. Femme turque en deuil après que son mari ait été tué durant la Guerre civile de Chypre entre les chypriotes grecs et les chypriotes turcs (20/03/1964, World Press Photo of the Year)

Avec son exposition Looking East, La Galerie Folia présente des images méconnues de Don McCullin, captées au cours de ses pérégrinations au cœur des civilisations de l’est. Certaines photos sont paisibles (comme celle des indiens photographiés durant la Kumbh Mela, pèlerinage hindou), d’autres plus tragiques (comme celle d’une famille libanaise dans un cimetière), mais toutes ont en commun leur intensité dramatique. 

Le + : A voir sans modération, l’entrée est gratuite ! 

Don McCullin, Looking East, à la Galerie Folia. Jusqu’au 27 mai 2017.
Horaires : Du mardi au vendredi de 13h à 19h, et le samedi de 11h à 19h.

5 raisons d’aller voir l’exposition Gaston Lagaffe à la BPI

Cette semaine, le Centre Pompidou fête ses 40 ans. A cette occasion, le célèbre musée parisien a dévoilé pour 2017 un programme d’expositions inédites, d’événements et de manifestations dans 40 villes de France. Mais c’est aussi un autre anniversaire que fête le Musée, avec son exposition Gaston, Au-delà de Lagaffe à la Bibliothèque Publique d’Information. Jusqu’au 10 avril 2017, la BPI rend hommage à cette icône de la BD franco-belge créée par André Franquin et qui fête ses… 60 ans. On vous donne 5 raisons de ne pas passer à côté !

1- (Re)découvrir les débuts de Gaston Lagaffe 

Les plus jeunes, qui lisent aujourd’hui les planches de Gaston Lagaffe, ne savent certainement pas que le personnage n’a pas toujours été le héros de sa propre BD. En effet, Gaston Lagaffe, premier héros sans emploi du 9ème art (contrairement au cow-boy Lucky Luke ou au détective Gil Jourdan), est né en février 1957 entre les pages du Journal de Spirou. Au début, sa fonction principale était tout simplement… de remplir les blancs ! Comme le journal était édité à la fois en France et en Belgique, les volumes publicitaires différaient d’un pays à l’autre et laissaient des vides dans la mise en page. On peut découvrir les premiers gags de Gaston et admirer la manière dont il s’insérait dans les vides du journal, entre deux brèves.

Attachant car sans emploi, insouciant et désinvolte, Gaston Lagaffe est vite devenu l’un des personnages préférés des lecteurs. Les gags ont pris de l’ampleur, puis Franquin les a définitivement sortis du journal pour en faire deux strips en septembre 1957, avant de se consacrer (de plus en plus puis entièrement) à ce personnage, épurant le décor pour économiser du temps et partageant le travail avec son jeune assistant Jidéhem.

2- Faire la connaissance du « vrai » Franquin

Franquin n’était pas l’artiste-star prolifique que la légende a finit par faire de lui. Au contraire ! Sujet à la dépression, le personnage de Gaston Lagaffe aura sur lui un effet cathartique. En 1961, alors qu’il est malade et contraint au repos, Franquin arrête tout… sauf Gaston Lagaffe.

C’est dans ses BD que Franquin se dévoilait le plus. Gaston Lagaffe est peu à peu devenu son alter ego, à la fois messager de ses propres idées (notamment sa haine des parcmètres !) et révélateur de ses sentiments inavouables.

“J’ai mûri en me disant que je n’avais pas assez joué. C’est une sensation très pénible de se dire qu’on a pas assez joué dans sa jeunesse. C’est un manque, une frustration terrible. Je suis adulte et j’ai encore envie de jouer, c’est un sentiment très curieux. Et Gaston, lui, continue le jeu. Et c’est pour cela qu’on l’envie. […] Peu importe les circonstances, Gaston, lui, continue de jouer.” Franquin, Entretien avec Patrick Pinchart, 1992.

La différence entre Spirou, Fantasio et Gaston Lagaffe, c’est que Franquin avait lui-même créé le personnage de Gaston. Il pouvait le façonner à sa manière, lui donner les caractéristiques, les pensées, les comportements qu’il voulait, contrairement aux deux autres personnages, qui avaient déjà leur histoire et leur caractère propre.

3- S’immerger dans les années 60 et assister à la naissance de la BD moderne

Plus qu’un révélateur de l’âme torturée de Franquin, Gaston Lagaffe était aussi un témoin de son époque. Tour à tour beatnik, hippie, défenseur des droits des animaux, Gaston reflète la jeunesse de son époque, ses combats et ses idées. Par l’intermédiaire de Gaston, Franquin s’achemine vers une oeuvre de plus en plus subversive et engagée, dont Les Idées Noires ou le Trombone Illustré seront les piliers. Les Idées Noires, c’est un peu Gaston trempé dans la suie” confiera d’ailleurs Franquin.

Plus largement, Gaston Lagaffe sera le point de départ de la BD moderne, incarnée par des auteurs tels que Gotlib ou Bretécher avec leurs gags pour adultes grands enfants.

4- Retomber en enfance

Qui ne se souvient pas du cactus de Gaston ou de sa collection de souris blanches ? L’expo de la BPI est aussi un moyen de retomber en enfance et de se souvenir de nos lectures de jeunesse… Et si vous n’avez jamais lu de BD, vous avez dû regarder les dessins animés Marsupilami, non ? L’expo consacre un espace dédié aux autres personnages de Franquin et aux multiples passerelles qui existaient entre ses différentes oeuvres, comme cette planche où Gaston se déguise en marsupilami…

Et comme le vintage a la côte en ce moment, ceux qui ne connaissent ni les BD ni les dessins animés se feront un plaisir de découvrir ces icônes de la BD des années 60-70, le vocabulaire un peu vieillot (“m’enfin…”), et même les vieux journaux sortis d’une autre époque !

5- Bénéficier des meilleurs conseils pour se mettre à la BD

Dessinateurs en herbe, vous êtes ici à la meilleure école ! Ponctuée de citations de Franquin, d’éléments biographiques et de bribes d’interviews, l’expo nous éclaire sur sa vision du 9ème art et nous distille quelques conseils de premier choix.

Le plus cher à Franquin : s’inspirer de son quotidien pour inventer des histoires. Avec sa galerie de personnages, tous inspirés de personnes de son entourage (même Gaston dont l’allure courbée a été empruntée à un ami commun de Franquin et de Yvan Delporte !), Franquin a créé et fait évoluer un monde qui aurait pu exister.

“Une oeuvre n’est jamais totalement personnelle. Placez, sur une île déserte, un enfant doué pour le dessin : s’il n’y entre pas en contact avec les dessins d’un autre, son génie ne pourra jamais se développer. […] Je n’ai jamais rien copié de ma vie, mais je reconnais des influences.” Franquin, Entretien avec Patrick Pinchart, 1992.

Deuxième conseil : la patience. On peut voir tout au long de l’expo les croquis préparatoires des différents personnages. Contrairement à ce que l’on peut croire, créer un personnage ne vient pas d’un coup, c’est le fruit d’un long travail alternant observations, croquis et brouillons.  

“Pour inventer un personnage, il faut en dessiner une bonne vingtaine. De très petits croquis rapides qui ne prennent que quelques secondes, et que l’on transforme sans cesse. Progressivement, un visage commence à se préciser. Et trois ou quatre autres plus loin, ça y est ! Il est là !” Franquin, Entretien avec Patrick Pinchart, 1992.

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Et aussi…

  • Saviez-vous que Franquin ne dessinait pas toutes ses BD seul, loin de là ? Pendant près de 20 ans, Franquin s’est partagé la tâche avec le jeune dessinateur Jidéhem, alias Jean de Mesmaeker. Ils ont publié ensemble plus de 400 planches ! Ce qui ne rendait pas le partage des droits d’auteurs aisé…
  • Gaston Lagaffe en chiffres, c’est plus de 900 planches en 39 ans (1957-1996) !  
  • Prévoyez du temps pour (re)lire toutes les planches exposées et faire le plein d’humour et d’autodérision pour affronter l’hiver !

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Gaston, Au-delà de Lagaffe, Exposition à la BPI (Centre Pompidou) jusqu’au 10 avril 2017.

  • Entrée gratuite, visites guidées gratuites, en groupe le matin (sauf mardi et week-ends) et individuels tous les jours à partir de 18h (sauf le mardi).
  • Ouvert tous les jours sauf le mardi, de 12h à 22h du lundi au vendredi, et de 11h à 22h les samedi, dimanche et jours fériés.
  • www.bpi.fr
  • Métro : Hôtel de ville / Rambuteau

Rencontre avec Dominique Tarlé à la Galerie de l’Instant

Avis aux amateurs de musique, de photographie et de vintage ! Du 7 décembre 2016 au 15 février 2017, la Galerie de l’Instant à Paris accueillera The Box, une exposition qui devrait vous combler. Celle-ci présente une série de photos mythiques pour tout fan des Rolling Stones qui se respecte : celle que le photographe français Dominique Tarlé a réalisée en 1971 lors de l’enregistrement de l’album Exile On Main Street, à Villefranche-sur-mer dans le sud de la France. Pour la première fois, ce sont les tirages originaux, signés et tamponnés par Dominique Tarlé, qui seront exposés. A cette occasion, vous retrouverez aussi à la galerie le livre The Box, publié en édition limitée à 1000 exemplaires et également signé par le photographe.

Passionnées de photographie et de musique, nous avons eu la chance de rencontrer Dominique Tarlé afin de lui poser quelques questions sur son parcours, son travail, et notamment sur la période Exile. Le photographe s’est prêté avec plaisir au jeu de l’interview et nous a tout de suite mises à l’aise : c’est quelqu’un de très accessible qui, comme il le dit lui-même, aime échanger avec ceux qui apprécient son travail.

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Mick Jagger & Keith Richards, Villa Nellcote, Villefranche sur Mer, 1971 (©Dominique Tarlé/ La Galerie de l’Instant)

Les années “yé-yé”

Avant de parler photographie, Dominique commence par le début : ce qui l’a amené à la musique. Il nous explique que, lorsqu’il était adolescent, la musique en France était toujours ancrée dans la tradition des interprètes, c’est-à-dire, des chanteurs qui n’écrivaient pas leurs paroles et ne composaient pas leur musique eux-mêmes. On était en pleines années yéyé ! « Mon truc, c’était les groupes anglais », nous confie Dominique. Pour lui, le charme de ces groupes venait du fait qu’ils étaient entièrement maître de leur musique : ils écrivaient les chansons, composaient la musique, enregistraient les morceaux en studio et les jouaient sur scène. Ces groupes représentaient la « culture adolescente », née en Amérique après la guerre avec l’apparition du rock and roll, du jean et du t-shirt, et absente en France. Mais avec l’arrivée simultanée en Angleterre de la minijupe, la pilule et surtout les groupes anglais, elle est enfin devenue accessible aux français à portée de train ou de ferry. C’est cette raison qui a poussé Dominique à partir s’installer à Londres pour exercer son métier de photographe.

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Keith Richards, Villefranche sur Mer, 1971 (©Dominique Tarlé/ La Galerie de l’Instant)

L’apprentissage à Londres

Ce qui nous amène à la photographie. Dominique l’a découverte par le biais du laboratoire argentique noir et blanc, de la magie du développement. Il suit ensuite des études de photographie avant de partir à Londres en juillet 1968. S’il ne parle pas l’anglais, il rencontre très vite de jeunes anglais qui, eux, parlent le français, et qui l’aident à rédiger une petite annonce destinée aux groupes avec ses coordonnées. Dominique fréquente les pubs pour assister à des concerts, et lorsque la musique lui plaît, il donne aux artistes sa petite annonce. C’est ainsi qu’il obtient ses premières invitations à des concerts ou à des sessions d’enregistrement en tant que photographe. Grâce au bouche à oreille, les agents des Rolling Stones entendent bientôt parler de lui et lui proposent de venir photographier le groupe en studio.

Arrivé à ce point dans son récit, Dominique marque une petite pause, avant de nous raconter une anecdote qui paraît invraisemblable, mais qui est pourtant vraie ! A la fin de l’année 1968, il a entendu parler d’un événement apparemment important, mais dont il ne connaissait pas le nom. Il apprit plus tard qu’il s’agissait du tournage du Rock’n’Roll Circus, un show organisé par les Rolling Stones dans un décor de cirque, destiné à être diffusé à la télévision, avec les Who, Marianne Faithfull, et le « supergroupe » Dirty Mac (John Lennon, Keith Richards, Eric Clapton et Mitch Mitchell). Alors que Dominique s’était vu refuser l’entrée car il n’avait pas de carte de presse, quelqu’un l’entraîne à l’intérieur : c’était John Lennon ! Grâce à lui, Dominique a ainsi pu photographier le tournage, qui a duré 48h. Ses photos, publiées en France dans le magazine Best, parvinrent jusqu’aux Rolling Stones, qui l’invitèrent alors à venir photographier le concert gratuit donné en hommage à Brian Jones, en juillet 1969 à Hyde Park.

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Keith Richards, Villa Nellcote, Villefranche sur Mer, 1971 (©Dominique Tarlé/ La Galerie de l’Instant)

Lorsqu’on lui demande ce que, d’après lui, les Stones aimaient dans ses photos, Dominique répond qu’il est avant tout un photographe amateur. Il choisit lui-même ses sujets, à la différence d’un photographe professionnel que l’on paye pour photographier tel groupe ou tel événement. Contrairement à un professionnel, il garde donc tous ses droits sur ses photos. Et surtout, les Rolling Stones apprécient son approche de la photographie, qui est similaire à leur approche de la musique : comme Dominique, qui le dit lui-même (« Je ne suis ni intrusif, ni directif. J’attends que les choses se passent »), les Rolling Stones arrivent rarement en studio avec des chansons définitives : ils laissent l’inspiration venir à eux, improvisent et jouent jusqu’à ce que la magie opère pour créer une chanson.

Exile On Main Street

Dominique nous parle ensuite de la tournée européenne de 1970, durant laquelle il a accompagné les Rolling Stones, avec Buddy Guy en première partie. C’est après le dernier concert des Stones en Angleterre que Bianca, fiancée de Mick Jagger, annonce à Dominique que le groupe quitte le pays pour s’installer en France. Ça tombait bien puisque Dominique vivait à Londres depuis 3 ans, avec un VISA de 3 mois seulement : il savait qu’il risquait à tout moment de se faire renvoyer en France. Il proposa alors aux agents des Rolling Stones de descendre dans le sud de la France afin de passer une demi-journée avec chaque membre, pour les photographier dans leur nouvel environnement… comme on sait, il y est finalement resté six mois !

Le premier Rolling Stone à recevoir Dominique a été Keith Richards, qui s’était installé à Villefranche-sur-mer, dans la Villa Nellcôte aujourd’hui devenue mythique. Après avoir passé l’après-midi avec le guitariste, Dominique est invité à dîner. Puis au moment de partir, Keith Richards lui dit « Mais où vas-tu ? Ta chambre est prête ! ». Il avait spontanément pensé que Dominique resterait ! Pour nous qui sommes de grandes fans des Rolling Stones, cela semble incroyable, d’autant plus que Dominique avait à l’époque exactement le même âge que nous : 21 ans. Lorsque nous lui demandons s’il était impressionné de côtoyer, si jeune, un groupe qui était déjà à l’époque considéré comme l’un des plus grands, il répond : « je me suis rarement senti aussi à l’aise ! », avant de nous expliquer que, bien qu’il soit l’un des musiciens les plus connus au monde, Keith Richards menait en fait une vie très simple. Des souvenirs pleins la tête, Dominique nous raconte une journée type avec Keith Richards : chaque matin, ils déjeunaient ensemble, puis le guitariste s’occupait de Marlon, son fils alors âgé de 1 an et demi. Ils partaient ensuite en voiture tous les trois, à la découverte du sud de la France, ou bien ils emmenaient Marlon voir des spectacles de marionnettes à Nice. Leurs relations étaient très naturelles : Keith Richards donnait à Dominique de l’argent pour s’acheter des films, et en échange, Dominique photographiait le travail des Stones sur ce qui deviendrait l’album mythique Exile on Main Street.

« J’ai vécu comment cette musique s’est construite » nous confie Dominique. D’après lui, ces sessions de travail était très particulières car la communication entre les membres du groupe était uniquement musicale : pas un seul mot n’était échangé ! L’un commençait à jouer, et si les autres « accrochaient », ils suivaient. Parfois, cela fonctionnait, et d’autres fois non : dans ce cas, ils n’hésitaient pas à recommencer. Il faut dire que les conditions d’enregistrement permettaient un processus de création beaucoup plus libre et instinctif qu’un studio. Le groupe a enregistré Exile On Main Street dans les caves de la Villa Nellcôte, sans aucune stratégie professionnelle préétablie. Si vous lisez Life, la biographie de Keith Richards, vous verrez à quel point les conditions d’enregistrement étaient précaires ! Alors que dans un studio, les musiciens sont souvent amenés à jouer leurs parties séparément, à Nellcôte, les Rolling Stones jouaient tous leurs morceaux en live, à la différence près qu’il n’y avait pas de public. Ce sont ces conditions inhabituelles qui donnent l’essence de l’album.

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Mick Jagger & Keith Richards, studio, Villa Nellcote, Villefranche sur Mer, 1971 (©Dominique Tarlé/ La Galerie de l’Instant)

Pour notre plus grand plaisir, Dominique nous a d’ailleurs raconté beaucoup d’anecdotes sur cet enregistrement mythique !

Par exemple, nous avions toujours voulu savoir si les rumeurs sur l’esprit de débauche qui régnait durant l’enregistrement de l’album étaient fondées ou non. « C’est la faute des Beatles ! » répond spontanément Dominique. Mais qu’est-ce que les Beatles ont à voir avec ces rumeurs ? C’est très simple : pour concurrencer les Beatles, les Rolling Stones ne devaient surtout pas leur ressembler, mais plutôt prendre le contre-pied de l’image qu’ils renvoyaient. C’est pour cette raison qu’ils cultivaient une image de « mauvais garçons ». Les articles qui racontaient que la police avait trouvé de la drogue chez les Rolling Stones permettaient en quelque sorte de leur faire « bonne presse » ! Et d’ailleurs, Keith Richards a raconté à Dominique que, souvent, lorsque les Beatles venaient faire la fête chez lui en Angleterre, la police débarquait à 6h du matin et commençait par demander si les Beatles avaient eu le temps de sortir par-derrière…

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Telecaster, Villa Nellcote, Villefranche sur Mer, 1971 (©Dominique Tarlé/ La Galerie de l’Instant)

« Les rumeurs de débauche pendant l’enregistrement d’Exile ? C’est la faute des Beatles ! »

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Mick Jagger & Jack, studio, Villa Nellcote, Villefranche sur Mer, 1971 (©Dominique Tarlé/ La Galerie de l’Instant)

Un autre exemple : à un moment de son récit, Dominique se retourne, et, désignant la photo ci-dessus, posée derrière lui, commence à nous parler de Jack, l’enfant présent sur le cliché. A l’époque âgé de 6 ou 7 ans, il était le fils d’un ami invité par Keith Richards à Nellcôte. « Je suis resté en contact avec lui. Aujourd’hui il est acteur et habite sur la côte ouest américaine ! ». A l’époque où Stephen Kijak réalisait le documentaire Stones in Exile, Dominique a proposé à Mick Jagger d’interviewer Jack afin de lui demander quels souvenirs il gardait de cette époque particulière. Mick Jagger l’a fait, et il lui a demandé, en plaisantant, s’il était conscient, à l’époque, de la quantité de drogue qu’il y avait là-bas. Et Jack de répondre que oui, évidemment, puisque c’était son père qui l’avait apportée !

Dominique Tarlé et les Rolling Stones : une histoire qui dure

Nous demandons ensuite à Dominique s’il travaille encore aujourd’hui avec les Rolling Stones. Il nous répond qu’il a arrêté en 1976, lorsque le groupe a commencé à jouer dans des stades. « Je crois que j’avais fait le tour », dit-il avant de nous expliquer que les concerts dans des salles de plus de 1000 places ne sont pas faits pour lui. « Et puis, place aux jeunes photographes ! » ajoute-t-il avant de conclure en ces termes « J’ai eu la chance d’être là au bon moment, au bon endroit. C’était quelque chose d’extraordinaire. Après ça, la période a changé ».

« J’ai eu la chance d’être là au bon moment, au bon endroit.»

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Mick Jagger, Villa Nellcote, Villefranche sur Mer, 1971 (©Dominique Tarlé/ La Galerie de l’Instant)

Mais il a toujours aujourd’hui de très bonnes relations avec les Rolling Stones. Là encore, il nous gratifie d’une anecdote qui nous fait sourire ! En 2015, alors que les Rolling Stones n’avaient plus sorti d’album depuis A Bigger Band, sorti dix ans plus tôt, Dominique a dit à Mick Jagger « Pourquoi vous n’essayez pas de revenir où vous avez commencé ? » (à savoir, le blues !). Pour Dominique, revenir aux reprises de blues pourrait permettre aux Stones de relancer leur carrière, avec, pourquoi pas, de nouvelles chansons originales. Et ça a marché ! Le 2 décembre, les Stones sortiront Blue and Lonesome, un album de reprises de blues, et l’année prochaine, à nouveau un album de chanson originales.

Malheureusement, toutes les bonnes choses ont une fin, et l’heure de quitter Dominique est arrivée : d’autres personnes attendent pour discuter avec lui. Avant de nous dire au revoir, Dominique nous raconte une dernière histoire, afin de nous rappeler à quel point, dans son métier, les rencontres sont importantes. Un samedi de l’année 2009, lors d’une précédente exposition de ses photos à la Galerie de l’Instant, il avait rencontré Madeleine, une petite fille habillée en fée qui avait emmené toute sa famille voir l’exposition et avait fait mine de donner un coup de baguette magique sur chaque photographie, avant d’aller voir Dominique pour lui dire que les photos étaient très belles. Dominique avait raconté cette histoire à Mick Jagger, et, un an et demi plus tard, alors qu’il proposait au chanteur de passer voir son exposition en semaine, celui-ci lui a répondu « Ah non, si je viens ce sera un samedi, peut-être que je verrais Madeleine ! ».

Dominique nous a raconté encore beaucoup d’autres anecdotes sur les six mois qu’il a passés à Nellcôte, les photographies qu’il y a faites, les Rolling Stones… mais malheureusement, on ne peut pas tout écrire dans cet article ! Et puisqu’on parle de rencontres, nous vous conseillons vivement, si la photographie, la musique, ou les Rolling Stones vous intéressent, de passer à la Galerie de l’Instant pour le rencontrer directement, il se fera un plaisir de discuter avec vous ! Un conseil : allez-y un samedi, vous aurez plus de chances de le croiser…

Exposition The Box, Dominique Tarlé
Du 7 décembre 2016 au 15 février 2017 

Galerie de l’Instant
46 Rue de Poitou
75003 Paris
Tél : 01 44 54 94 09
www.lagaleriedelinstant.com

Accès en métro :
Ligne 9 : Oberkampf
Ligne 8 : Saint-Sébastien Froissard 

Marc Chagall à Landerneau

Jusqu’au 1er novembre, le FHEL (Fonds Hélène & Edouard Leclerc pour la culture) à Landerneau accueille une exposition remarquable de l’oeuvre de Marc Chagall. Après Paris, Nice et Roubaix, l’oeuvre du peintre est, pour la première fois, présentée dans le Grand Ouest français, pour le plus grand plaisir des Bretons amateurs de peinture.

Un siècle d’existence

Né en Biélorussie en 1887 et mort à Saint-Paul de Vence en 1985, Marc Chagall a vécu durant pratiquement tout le XXème siècle et a été le témoin de ses plus grands bouleversements et du passage à la modernité. Il connut une vie d’exils et de départs, d’abord en France, où il fera la connaissance de Cendrars et d’Apollinaire (entre autres). Après un retour en Russie, il s’exilera à nouveau en Europe (Berlin, Paris) avant de s’envoler pour les Etats-Unis.

Soutenu en France par son ami André Malraux (qui lui commandera notamment le plafond de l’Opéra National de Paris au Palais Garnier), c’est ensuite grâce à sa fille Ida (la seule de sa famille à parler anglais) que sa carrière décollera aux Etats-Unis. Tout au long de sa vie, il restera cependant attaché à ses racines russes et juives, ce que reflète sa peinture.

De la poésie à la peinture

A l’occasion de cette rétrospective aux Capucins de Landerneau, le commissaire de l’exposition Jean-Louis Prat a vu les choses en grand : près de 300 œuvres sont présentées au public, d’une grande variété (tableaux, sculptures, céramique, livres illustrés, gravures et lithographies). Pour la plupart des oeuvres majeures de Chagall, elles sont issues de musées internationaux (Saint Petersburg, Madrid, Berne…), de collections privées (dont celle de la famille de Chagall) ainsi que de grandes collections publiques françaises.

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Maternité ou Vierge à l’Enfant ou Mère et Enfant (1952), bronze (Photo : Claire Feuardant)

De plus, c’est sous un angle peu habituel que l’oeuvre du peintre est présentée, celui de son attachement à la littérature et à la poésie. D’où le titre : « Chagall, de la poésie à la peinture ».

Le fil conducteur en est donc les différentes rencontres de Chagall avec les poètes et écrivains de son temps : Cendrars, Apollinaire, Malraux, Aragon…, et son lien avec la poésie (il écrivait lui-même).

On découvre ses illustrations des Fables de La Fontaine (1924-1925), des Âmes mortes de Nicolas Gogol (1924-1931), de la Bible (1931), ou encore de Daphnis et Chloé (début des années 1960). Toujours très investi dans ses travaux, Chagall s’est rendu en Palestine et en Grèce afin de s’imprégner de l’essence de ses œuvres futures, respectivement la Bible et Daphnis et Chloé.

Le Coq Et Le Renard_1926
Le Coq Et Le Renard (1926)

On retrouve également dans sa peinture des échos de sa propre vie et des bouleversements de l’époque : la Russie imprègne ses premières toiles, mais aussi ses gouaches colorées sur le thème du cirque ; la révolution, la guerre et l’exil (tableaux aux tonalités plus sombres et nocturnes). Chagall le disait lui-même : « Si toute la vie va inévitablement vers sa fin, nous devons durant la nôtre, la colorier avec nos couleurs d’amour et d’espoir ».

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La Danse (1950-1952) (Photo : Claire Feuardant)
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Le Cheval rouge (1938-1944)

Que l’on aime ou pas l’oeuvre de Chagall, cette rétrospective est, selon nous, à voir. « Chagall, de la poésie à la peinture » est une exposition très bien construite et complète. On y apprend beaucoup de choses, à la fois sur la vie de l’artiste, sur sa relation à la littérature (sa facette la moins connue !) et sur ce qui l’a amené à peindre ses oeuvres majeures.

(Photo à la une : La Bête fantastique ou L’Âne ou Cheval fantastique, 1952, bronze. Photo : Claire Feuardant).