5 raisons d’aller voir l’exposition Gaston Lagaffe à la BPI

Cette semaine, le Centre Pompidou fête ses 40 ans. A cette occasion, le célèbre musée parisien a dévoilé pour 2017 un programme d’expositions inédites, d’événements et de manifestations dans 40 villes de France. Mais c’est aussi un autre anniversaire que fête le Musée, avec son exposition Gaston, Au-delà de Lagaffe à la Bibliothèque Publique d’Information. Jusqu’au 10 avril 2017, la BPI rend hommage à cette icône de la BD franco-belge créée par André Franquin et qui fête ses… 60 ans. On vous donne 5 raisons de ne pas passer à côté !

1- (Re)découvrir les débuts de Gaston Lagaffe 

Les plus jeunes, qui lisent aujourd’hui les planches de Gaston Lagaffe, ne savent certainement pas que le personnage n’a pas toujours été le héros de sa propre BD. En effet, Gaston Lagaffe, premier héros sans emploi du 9ème art (contrairement au cow-boy Lucky Luke ou au détective Gil Jourdan), est né en février 1957 entre les pages du Journal de Spirou. Au début, sa fonction principale était tout simplement… de remplir les blancs ! Comme le journal était édité à la fois en France et en Belgique, les volumes publicitaires différaient d’un pays à l’autre et laissaient des vides dans la mise en page. On peut découvrir les premiers gags de Gaston et admirer la manière dont il s’insérait dans les vides du journal, entre deux brèves.

Attachant car sans emploi, insouciant et désinvolte, Gaston Lagaffe est vite devenu l’un des personnages préférés des lecteurs. Les gags ont pris de l’ampleur, puis Franquin les a définitivement sortis du journal pour en faire deux strips en septembre 1957, avant de se consacrer (de plus en plus puis entièrement) à ce personnage, épurant le décor pour économiser du temps et partageant le travail avec son jeune assistant Jidéhem.

2- Faire la connaissance du « vrai » Franquin

Franquin n’était pas l’artiste-star prolifique que la légende a finit par faire de lui. Au contraire ! Sujet à la dépression, le personnage de Gaston Lagaffe aura sur lui un effet cathartique. En 1961, alors qu’il est malade et contraint au repos, Franquin arrête tout… sauf Gaston Lagaffe.

C’est dans ses BD que Franquin se dévoilait le plus. Gaston Lagaffe est peu à peu devenu son alter ego, à la fois messager de ses propres idées (notamment sa haine des parcmètres !) et révélateur de ses sentiments inavouables.

“J’ai mûri en me disant que je n’avais pas assez joué. C’est une sensation très pénible de se dire qu’on a pas assez joué dans sa jeunesse. C’est un manque, une frustration terrible. Je suis adulte et j’ai encore envie de jouer, c’est un sentiment très curieux. Et Gaston, lui, continue le jeu. Et c’est pour cela qu’on l’envie. […] Peu importe les circonstances, Gaston, lui, continue de jouer.” Franquin, Entretien avec Patrick Pinchart, 1992.

La différence entre Spirou, Fantasio et Gaston Lagaffe, c’est que Franquin avait lui-même créé le personnage de Gaston. Il pouvait le façonner à sa manière, lui donner les caractéristiques, les pensées, les comportements qu’il voulait, contrairement aux deux autres personnages, qui avaient déjà leur histoire et leur caractère propre.

3- S’immerger dans les années 60 et assister à la naissance de la BD moderne

Plus qu’un révélateur de l’âme torturée de Franquin, Gaston Lagaffe était aussi un témoin de son époque. Tour à tour beatnik, hippie, défenseur des droits des animaux, Gaston reflète la jeunesse de son époque, ses combats et ses idées. Par l’intermédiaire de Gaston, Franquin s’achemine vers une oeuvre de plus en plus subversive et engagée, dont Les Idées Noires ou le Trombone Illustré seront les piliers. Les Idées Noires, c’est un peu Gaston trempé dans la suie” confiera d’ailleurs Franquin.

Plus largement, Gaston Lagaffe sera le point de départ de la BD moderne, incarnée par des auteurs tels que Gotlib ou Bretécher avec leurs gags pour adultes grands enfants.

4- Retomber en enfance

Qui ne se souvient pas du cactus de Gaston ou de sa collection de souris blanches ? L’expo de la BPI est aussi un moyen de retomber en enfance et de se souvenir de nos lectures de jeunesse… Et si vous n’avez jamais lu de BD, vous avez dû regarder les dessins animés Marsupilami, non ? L’expo consacre un espace dédié aux autres personnages de Franquin et aux multiples passerelles qui existaient entre ses différentes oeuvres, comme cette planche où Gaston se déguise en marsupilami…

Et comme le vintage a la côte en ce moment, ceux qui ne connaissent ni les BD ni les dessins animés se feront un plaisir de découvrir ces icônes de la BD des années 60-70, le vocabulaire un peu vieillot (“m’enfin…”), et même les vieux journaux sortis d’une autre époque !

5- Bénéficier des meilleurs conseils pour se mettre à la BD

Dessinateurs en herbe, vous êtes ici à la meilleure école ! Ponctuée de citations de Franquin, d’éléments biographiques et de bribes d’interviews, l’expo nous éclaire sur sa vision du 9ème art et nous distille quelques conseils de premier choix.

Le plus cher à Franquin : s’inspirer de son quotidien pour inventer des histoires. Avec sa galerie de personnages, tous inspirés de personnes de son entourage (même Gaston dont l’allure courbée a été empruntée à un ami commun de Franquin et de Yvan Delporte !), Franquin a créé et fait évoluer un monde qui aurait pu exister.

“Une oeuvre n’est jamais totalement personnelle. Placez, sur une île déserte, un enfant doué pour le dessin : s’il n’y entre pas en contact avec les dessins d’un autre, son génie ne pourra jamais se développer. […] Je n’ai jamais rien copié de ma vie, mais je reconnais des influences.” Franquin, Entretien avec Patrick Pinchart, 1992.

Deuxième conseil : la patience. On peut voir tout au long de l’expo les croquis préparatoires des différents personnages. Contrairement à ce que l’on peut croire, créer un personnage ne vient pas d’un coup, c’est le fruit d’un long travail alternant observations, croquis et brouillons.  

“Pour inventer un personnage, il faut en dessiner une bonne vingtaine. De très petits croquis rapides qui ne prennent que quelques secondes, et que l’on transforme sans cesse. Progressivement, un visage commence à se préciser. Et trois ou quatre autres plus loin, ça y est ! Il est là !” Franquin, Entretien avec Patrick Pinchart, 1992.

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Et aussi…

  • Saviez-vous que Franquin ne dessinait pas toutes ses BD seul, loin de là ? Pendant près de 20 ans, Franquin s’est partagé la tâche avec le jeune dessinateur Jidéhem, alias Jean de Mesmaeker. Ils ont publié ensemble plus de 400 planches ! Ce qui ne rendait pas le partage des droits d’auteurs aisé…
  • Gaston Lagaffe en chiffres, c’est plus de 900 planches en 39 ans (1957-1996) !  
  • Prévoyez du temps pour (re)lire toutes les planches exposées et faire le plein d’humour et d’autodérision pour affronter l’hiver !

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Gaston, Au-delà de Lagaffe, Exposition à la BPI (Centre Pompidou) jusqu’au 10 avril 2017.

  • Entrée gratuite, visites guidées gratuites, en groupe le matin (sauf mardi et week-ends) et individuels tous les jours à partir de 18h (sauf le mardi).
  • Ouvert tous les jours sauf le mardi, de 12h à 22h du lundi au vendredi, et de 11h à 22h les samedi, dimanche et jours fériés.
  • www.bpi.fr
  • Métro : Hôtel de ville / Rambuteau